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La place de l'armée dans la République

 
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MessagePosté le: Sam 15 Déc - 18:39 (2007)    Sujet du message: La place de l'armée dans la République Répondre en citant

Tigha a dit...
Vendredi, novembre 02, 2007 5:31:00 PM
Cher Compatriote.

Avant tout permettez-moi de saluer le Docteur Sidhoum.

Je connais comme vous le savez l'Armée Algérienne. Ce que je veux dire ici, c'est qu'à travers le monde entier et surtout sous un régime militaire, le changement doit venir de l'intérieur. Il faut à mon avis mettre à nos cotés des militaires et des jeunes officiers qui sont eux mêmes otages d'une poignée de généraux. Si on reproche tout le malheur de l'Algérie à l'Armée et bien personne ne va nous aider. Ils seront tous unis contre les forces du changement. On a vu le cas de l'Irak où les américains ont commis la faute grave de dissoudre une armée irakienne à cause d'un clan, celui de Saddam. Lorsqu'ils se sont retrouvés dans l'impasse, ils ont fait appel aux anciens officiers de Saddam. Mon point de vue est qu'on cesse de s'attaquer à toute l'Armée pour que au moins on aura des officiers à nos cotés même s'ils ne le disent pas publiquement.

Ce que les Généraux essayent de faire apprendre à tous les jeunes officiers c'est que nous, anciens militaires ou opposants algériens réfugiés à l'étranger, nous sommes tous contre l'armée alors que cette Armée est bien confisquée par cinq ou six personnes seulement. Malheureusement, beaucoup de nos compatriotes qui ont dit et le disent qu'ils ne peuvent pas s'asseoir avec des anciens militaires. Autres qui disent, nous sommes les seuls opposants. Comme vous le savez, la diversion et la zizanie ont été toujours bénéfiques pour le Pouvoir. Tant qu'il ya diversion, le pouvoir n'a pas de problèmes, d'ailleurs ils le font à nos jours, avec les groupes terroristes et avec même les partis politiques.(FFS. NAHDA etc...). Le pouvoir vit avec ça. L'unité est dangereuse pour sa survie. Le Pouvoir ne veut surtout pas que les forces du changement s'unissent.
Et vous pouvez le voir, on ne peut pas dire qu'il y a vraiment une opposition unie et bien représentée à l'étranger .Il faut trouver un "homme" parmi les militaires et je veux donner un exemple ici qui est celui de la Mauritanie ou un militaire a organisé un coup d'État qui a renversé Maaouiya Ould Taya. Si non, on doit attendre des années et des années encore.
Mes salutations et Merci.
A. Tigha
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Anonyme a dit...
Vendredi, novembre 02, 2007 7:02:00 PM
Mr Tigha des militaires comme ça j'ai pu en croiser au moins un a une soirée de plage a Zéralda. Discussion kaw kaw tey avec un officier ami d un cousin. il y a des gens qui défendent des valeurs humaines dans l’armée algérienne hélas il sont coincés comme tout le monde. Dans les forces de sécurité il y a beaucoup d enfant du peuple parce que c est un emploi stable .Ceux la pour la majorité font leur devoirs.les responsables? Ceux qui ont du sang sur les mains afin de pouvoir s'enrichir qu’ils cèdent leur place aux argaz véritables !
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Salah-Eddine SIDHOUM a dit...
Vendredi, novembre 02, 2007 8:29:00 PM
Notre compatriote A. Tigha pose la question lancinante de l’armée qui fut longtemps un sujet tabou pour ne pas dire « sacré ». Je partage entièrement son analyse.
Avant d’aborder cette question de l’Armée, il est clair que la solution de la crise politique algérienne doit venir de l’intérieur. Il n’est pas question d’aller quémander un quelconque soutien aux chancelleries d’Alger comme le font hélas certains pantins politiques. La seule chose que nous demandons à ces puissances et plus particulièrement à la France officielle et à l’Administration américaine c’est d’ôter leur soutien diplomatique à ce régime illégitime et de laisser le peuple Algérien s’autodéterminer librement. Les intérêts économiques (avec strict respect de notre souveraineté) de ces puissances seront mieux préservés avec un Etat de Droit qu’avec un régime déliquescent et corrompu. Et ces puissances le savent très bien. Faudrait-il rappeler à l’Administration américaine que son soutien aux régimes criminels et corrompus du Chah et de Saddam s’est terminé par un désastre ?
Il n’est pas question de confondre l’Institution militaire, qui est une institution nationale (et qu’il faudrait cependant démystifier) avec la poignée de factieux qui l’ont prise en otage et que vous connaissez mieux que moi, en tant qu’ancien militaire. Il est vrai que certains compatriotes, au vu des comportements indignes de certains officiers font cet amalgame en généralisant à toute l’armée. Mais c’est surtout ces factieux qui font sciemment cet amalgame pour se protéger derrière cette institution. A chaque fois que l’un des officiers janvièristes est accusé par un opposant, un militant des droits de l’homme ou un ancien militaire déserteur d’être responsable de la répression sauvage utilisée dans les années 90, il est accusé d’atteinte à l’institution militaire (corps constitué).
Je pense avoir résumé tout cela lors du forum que j’avais animé sur le blog Algérie-politique et dont je reproduis la partie concernant cette institution :
"Il est temps aussi que le rôle de l’institution militaire soit définitivement clarifié.
Son instrumentalisation lors du Coup d’Etat de 92 par la poignée d’officiers factieux a été une erreur monumentale qui a provoqué une profonde césure entre elle et le peuple.
Jusqu’à quand les intérêts de notre armée nationale, institution de la République et de la Nation continueront-ils à se confondre avec les intérêts mercantiles d’une poignée de factieux ? Jusqu’à quand nos enfants continueront-ils à servir de boucliers à l’oligarchie militaro-financière pour préserver ses privilèges ?
Il est du DEVOIR des officiers probes et ils constituent la majorité, de participer avec toutes les volontés patriotiques à la résolution de la grave crise qui secoue les fondements de notre Nation. Il y va de leur honneur et du destin de l’Algérie.
Cette institution devra être comme toutes les institutions de notre futur Etat démocratique et social, une institution de la Nation Algérienne avec des prérogatives claires qui sont celles de toutes les Nations civilisées. L’institution militaire n’est tenue de servir ni une oligarchie, ni un clan mais l’Algérie, Etat et Nation, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles. Elle doit cesser d’être instrumentalisée à des fins claniques et d’être la source du pouvoir.
Et dans ce cadre, nous devons mettre fin à cette sinistre police politique au dessus des lois militaires et civiles et qui échappe au contrôle du politique. Jusqu’à quand les services de la police politique continueront-ils à régenter le peuple par la terreur et la manipulation et au nom du prétexte fallacieux de la défense des intérêts supérieurs de la Nation ?"

Je crois que les choses sont très claires. L’institution militaire appartient à la République et à la Nation. Et il est du DEVOIR de cette Institution à travers ses officiers probes et ils constituent l’écrasante majorité de participer à la résolution de la très grave crise politique et de nous aider à assurer cette transition douce vers la République démocratique et sociale.
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A.Tigha  a dit...
Vendredi, novembre 02, 2007 8:46:00 PM
Merci pour cette réponse. C'est très clair et surtout sur ce point :

" L’institution militaire appartient à la République et à la Nation. Et il est du DEVOIR de cette Institution à travers ses officiers probes et ils constituent l’écrasante majorité de participer à la résolution de la très grave crise politique et de nous aider à assurer cette transition douce vers la République démocratique et sociale"
Salutations
AT
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Peter a dit...
Samedi, novembre 03, 2007 8:42:00 AM
Il faut analyser les causes de la paralysie des officiers de l`armée face a ce désordre si le pouvoir ne se résume d`après vous qu`a quelques hommes la question qu`il faut se poser c`est le pourquoi de la non conviction de la société civile a vos appels?
il en va soi qu`on ne remplace pas le pouvoir actuel avec toute ce que cela suppose comme défauts par une dictature populaire autrement dit un Etat islamique c`est achever ce qui reste autrement dit bonjour taliban. Faudrait d`abord expliquer votre programme et votre projet de société de façon objectif sans sombrer dans les slogans habituels qui sous entende l`avènement d`une autre ère de despotisme qui plongera le pays dans une guerre civile sans merci. Autrement dit il n`y a aucune raison si tente si bien votre projet s`inscrirait dans le cadre d`une évolution conforme aux principes des démocraties Medit sans ces références aux religions soyez sure que l`avenir immédiat vous invitera a assurer l`alternance.
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Anonyme a dit...
 Dimanche, novembre 04, 2007 12:40:00 PM
Salam,

Je pose la question a Peter 'pan', qui est le mieux organise dans la lutte aujourd'hui ?

Maintenant est ce que ceux qui luttent ont le droit d'imposer leurs vues sur le reste... C'est un autre débat, Peter aura compris sur le terrain, y compris dans son institution, l'armée, que ce sont ceux qu'ils appellent les 'talibans' qui sont le mieux organisés et qui font le plus de dégâts a l'intérieur de la junte... Que Peter vienne me contredire s'il a un seul argument ou un début de preuve...

Pourquoi Boutef ne veut plus d'un nouveau mandat, est-ce que c'est par ce qu'il est malade ou est-ce que c'est parce qu'il est maintenant la junte ne se pérennise plus... ?

Le chemin est encore long, alors plutôt que d'accuser ceux-ci ou ceux-là, il vaudrait mieux se concentrer sur quelques objectifs et les atteindre le plus rapidement possible... Selon le pentagone, l'internet a un impact qui va de 50 a 200 fois celui des medias traditionnels dans les pays du G7... Ceux qui attendent la reconnaissance de la presse contrôlée peuvent toujours attendre...

Monsieur Peter, vos chantres sont devant une juridiction internationale, qu'ils sortent donc de leur trous a rats, nous verrons qui sont ceux qui parlent et qui sont ceux qui agissent...

Hayakoum Allah

A.S
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Lahouari Addi  a dit...
Vendredi, novembre 16, 2007
Avoir un espace de débat est une bonne initiative surtout que nous ne nous connaissons pas et nous ne connaissons pas les intentions des uns et des autres. Débattre est important pour se connaitre, se comprendre et influer dans le bon sens, celui de la paix et du respect des uns et des autres. Je salue l'initiative de Sidhoum dont la force de conviction et le courage sont admirables.
Je pense que nous ne connaissons pas suffisamment le mouvement national d'ou est issu le régime algérien pour évaluer un bilan et tracer des perspectives pour le futur. L'armée algérienne est issue d'un mouvement de libération nationale, mais sitôt qu'elle s'est constituée en armée classique, elle devenue comme toutes les armées du monde, attachée à l'ordre et opposée aux grands changements. C'est une loi sociologique. L'ALN était révolutionnaire parce qu'elle voulait le changement; l'ANP veut la continuité du régime ne de l'indépendance.
Les pays du Tiers Monde et en particulier le monde arabe sont en crise parce qu'ils n'ont pas résolu la question du pouvoir. Les pays européens ont commence a se développer quand ils ont institue l'Etat de droit. Le marche ne donne pas toutes ses potentialités si le pouvoir n'est pas public et n'est pas soumis à l'alternance et si aussi le pouvoir judiciaire n'est pas autonome. Si la justice n'est pas autonome, la concurrence entre les capitaux n'est pas possible et les libertés syndicales ne sont pas garanties. Ceci est fondamental pour le développement, tout au moins celui mis en œuvre par les occidentaux que nous voulons imiter.
Le mouvement national voulait d'une Algérie utopique, fraternelle, sans exploitation et sans compétition pour le pouvoir. L'institution qui a hérité de l'idéologie du mouvement national c'est l'armée. Elle est la gardienne de cet héritage et c'est pourquoi elle joue un rôle politique en désignant le président (apolitique a chaque fois, a l'exception de Boumediene), les principaux ministres et les maires des grandes villes, et aussi en donnant a chaque parti, vaccine par le DRS, un quota a l'Assemblée nationale. Ceci est notre histoire et notre héritage. Il ne faut pas oublier que pour nos parents le signe de la souveraineté c'est d'avoir une armée. Le mouvement national n'a construit ni un Etat de droit, ni dote le pays d'une économie productive, ni mis en place une université productrice du savoir. Il a produit une armée en pensant que le reste suivra automatiquement. Et le reste n'a pas suivi. Le constat est qu'aujourd'hui, notre pays, et c'est douloureux de le dire, est celui ou la qualité de vie est l'une des plus mauvaises sur la planète. Pourquoi? Parce que le projet du mouvement national garanti par l'armée est d'avoir une société sans conflits politiques. Cette utopie a rendu la société algérienne invivable pour les plus faibles et les plus fragiles. L'arme porte une responsabilité et je ne dis pas cela par esprit antimilitariste. Comme tout Algérien, je suis attache a notre armée et mes meilleures années ont été celles que j'ai passées au service militaire en 77-79. J'ai été affecté a Tamanrasset et je m'y plaisais si bien avec mes collègues militaires que je ne suis parti qu'une seule fois en permission a Oran en 1 an et demi. J'ai encore la nostalgie de cette atmosphère de camaraderie et de solidarité. Plusieurs officiers m'ont demande de m'engager et l'idée ne m'était pas désagréable. C'est pour dire que je ne diabolise pas l'armée. Le système hérité de notre histoire fait qu'elle joue un rôle politique. Il faut faire avec et être imaginatifs et modifier la Constitution pour tenir compte de cet état de fait. Il faut un régime dans lequel le Président, chef des forces armées, soit le garant de l'unité nationale et de la Constitution. Que ce président soit issu de l'armée, c'est tant mieux. Il ne devra pas diriger le gouvernement, laisse au premier ministre issu de la majorité de l'Assemblée nationale. Nous aurons ainsi un Président, chef de l'armée, garante de l'unité nationale et de la Constitution, et un Premier ministre charge d'appliquer la politique économique et sociale pour laquelle son parti a été élu. Ce schéma est révolutionnaire pour l'Algérie. Il permettra de résoudre la crise politique et de se mettre au travail. Il réconciliera aussi le pays avec son armée. Durant les fêtes, nous avions l'habitude de voir nos jeunes frères militaires, fiers comme des coqs, avec leurs tenues neuves, déambuler dans les rues. Aujourd'hui, cette image a disparu parce que des généraux sans imagination et sans culture ont préféré se comporter en militants en armes qu'en soldats de la République. Qu'espèrent-ils? Que la situation va s'améliorer dans 10 ou 15 ans? Le pire est à craindre et il faut espérer que les conflits politiques n'éclatent pas dans l'armée, car la ce serait la somalisation.
Cordialement à tous les participants a ce débat.

Lahouari Addi


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MessagePosté le: Sam 15 Déc - 18:39 (2007)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 6 Mar - 17:32 (2008)    Sujet du message: La place de l'armée dans la République Répondre en citant

Notre Ami  Lahouari Addi,  dans une interview réalisée par  Tahia Bladi, évoque la question de l’armée et son rôle passé et futur dans la vie politique nationale. Nous avons jugé utile de la reprendre dans notre forum en espérant qu’elle suscitera un débat.
Salah-Eddine Sidhoum
 
mardi 4 mars 2008

Interview exclusif du Professeur Addi Lahouari à Tahia Bladi
La question de la révision constitutionnelle et du troisième mandat ne laisse personne indifférent, dans notre pays. Comme Le montre la pétition qui circule et qui a recueilli des centaines de signatures (cf. www.respecterlaconstitution.com).
Nous avons demandé à Lahouari Addi de nous donner son point de vue sur cette question qui domine le débat politique algérien. Dans ses réponses à nos questions, Lahouari Addi développe une proposition de sortie de crise dont le moins qu’on puisse dire, est qu’elle suscite des questionnements.
Mais qui est cet intellectuel dont les prises de position ne laissent pas indifférent ?
Lahouari Addi est de ces universitaires qui font notre fierté, autant par son attachement à l’Algérie que par le rayonnement scientifique de ses travaux dans la communauté universitaire internationale. Sociologue formé à Oran, de l’école primaire à l’université, il dit lui-même qu’il appartient à la génération à qui l’indépendance a donné la possibilité de se former et d’acquérir un statut d’universitaire. Il a bénéficié d’un détachement à Paris (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) en 1983 qui lui a permis de soutenir une thèse d’Etat publiée à Alger, (ENAL, 1990) sous le titre « L’impasse du populisme », analysant les contradictions de la construction étatique en Algérie de 1962 à 1988.
Après avoir enseigné pendant 18 ans à l’Université d’Oran, il a dû quitter en 1994 sa ville natale pour des raisons de sécurité. Depuis, il est à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon où il enseigne l’anthropologie et la sociologie du monde arabe ainsi qu’un cours de sociologie des relations internationales. Il y dirige, par ailleurs, plusieurs thèses sur des thèmes relevant de sa spécialité. Il collabore par des contributions régulières, et remarquées, au Quotidien d’Oran et au Monde diplomatique. Il a publié plusieurs ouvrages, dont « L’Algérie et la démocratie », (1995) « Les mutations de la société algérienne », (1999) « Sociologie et anthropologie chez Pierre Bourdieu » 2002). Il nous a confié qu’il est sur le point d’achever la rédaction d’un livre sur deux anthropologues du Maghreb, Clifford Geertz et Ernest Gellner.
L. Addi a écrit une cinquante d’articles dans des revues scientifiques en Europe et aux Etats-Unis. Il est souvent invité par des universités américaines (Princeton University, University of Utah, Salt Lake City, UCLA, Los Angeles…). Il a été l’un des rares universitaires arabes à avoir été membre du prestigieux Institute for Advanced Study à Princeton où il a séjourné pendant une année en 2002-2003.


Tahia bladi: Que vous inspire la question du troisième mandat pour A. Bouteflika ?

Addi Lahouari: Il y a de quoi être choqué. Dans un pays où le mécontentement social est à son paroxysme, les grèves sont quotidiennes, le pouvoir d’achat des salariés est l’un des plus bas au monde, le président cherche à modifier la constitution comme dans une république bananière pour se représenter. En sondant la population, vous constaterez qu’il n’y a jamais eu un président algérien aussi impopulaire dans tout le pays, y compris à l’Ouest d’où il est originaire. Cela veut dire que le personnel qui décide ignore totalement les préoccupations de la population dans les processus de désignation des responsables du pays. C’est de l’irresponsabilité et c’est exposer le pays à la crise chronique. Le régime continue d’ignorer la population qui répond par l’apathie générale et les émeutes localisées.


TB: Qui décide d’une telle question au sommet ? Le président a-t-il une autorité ou n’est-il qu’un paravent?

A.L: Selon les indices qui transparaissent dans la vie politique quotidienne rapportée par la presse, le président n’a aucune autorité et il fait seulement de la figuration. Il est possible cependant qu’un clan de généraux le soutienne contre un autre clan. De très graves affaires de corruption comme l’affaire Khalifa, BRC et autres ont défrayé la chronique et où des généraux sont impliqués. Dans ce cas là, des clans se forment pour défendre les amis et les alliés. Le fait que ces affaires très graves et préjudiciables à l’économie nationale et aux institutions de l’Etat n’ont pas été suivies par l’arrestation des officiers impliqués dans les réseaux de corruption indique clairement que le président n’a aucune autorité ni sur l’armée ni sur le gouvernement. Je prendrais deux exemples. Le premier est relatif aux insultes proférées par un ministre à l’encontre d’un Chef d’Etat étranger que l’Algérie s’apprêtait à recevoir officiellement. Dans n’importe quel autre pays, le ministre en question aurait été relevé de ses fonctions. En Algérie, il ne l’a pas été parce que le président n’a aucune autorité sur la majorité des ministres qui lui ont été imposés, à l’exception de Belkhadem, Zerhouni et Ould Abbes. Le deuxième exemple est la longévité du général Tewfik Médiène aux fonctions de responsable du DRS. Il est le premier responsable de la sécurité alors que la violence politique tue depuis 16 ans. De deux choses l’une : ou bien c’est le DRS qui nomme aux fonctions de président, ou bien c’est le président qui nomme aux fonctions de chef du DRS. Or Tewfik a survécu à Chadli Bendjedid, Liamine Zéroual, Bouteflika I, Bouteflika II et il s’apprête à modifier la constitution pour Bouteflika III. Si au moins le terrorisme avait été vaincu, nous aurions dit que les différents présidents le gardent en raison de ses compétences ; mais ce n’est pas le cas..



TB: Pourtant Bouteflika a mis à la retraite des généraux puissants comme Lamari Mohamed. Comment peut-on expliquer cette mise à la retraite ?


A.L: Mohamed Lamari a été prié par ses collègues de quitter ses fonctions de Chef d’Etat-Major parce qu’il donnait trop d’interviews dans lesquelles il se posait comme supérieur au président, c’est-à-dire qu’il démontrait tous les jours la théorie du pouvoir réel et du pouvoir formel. Or l’armée algérienne, pour des raisons qui lui sont propres, veut apparaître publiquement comme une armée qui obéit à l’autorité constitutionnelle du président de la république, chef formel des forces armées. Lamari mettait mal à l’aise les militaires qui se cachaient derrière la fiction constitutionnelle. Il démontrait par ses propos que l’armée est la source du pouvoir. C’est vrai, elle l’est, mais il ne faut pas le dire. Lamari a été remplacé par Gaid Salah qui ne parle pas, tout au moins publiquement.

TB: Difficile de faire la part entre l’Armée et l’ « Etat » ?


A.L: L’armée considère que si elle ne contrôle pas l’Etat, l’Algérie disparaîtrait en tant que nation. Elle a mis sur pied un service spécialisé dans la surveillance des ministères, des institutions et tout le champ politique modelé de manière artificielle. Ce dernier ne reflète pas les courants politiques et idéologiques réels de la société. Le DRS élimine tout parti ou toute personnalité qui n’accepte pas la règle non écrite du système politique algérien : l’armée est la seule source du pouvoir. Et tout cela de manière anti-constitutionnelle. Du point de vue du droit algérien, les activités « politiques » du DRS sont illégales. N’importe quel juge peut demander à la gendarmerie d’arrêter le général Tewfik Médiène pour menées subversives et blocage des institutions de l’Etat ! Dans un Etat qui se respecte il n’y a pas d’individu, QUELLE QUE SOIT SA FONCTION, qui soit au-dessus des lois et de la constitution. Si les généraux avaient un peu de culture politique et le sens des perspectives historiques, la première chose à faire est la dissolution du DRS et son remplacement par un service qui ne s’occupe que de l’espionnage et du contre-espionnage à l’image de la DST en France. Est-ce que la DST en France s’immisce dans les affaires politiques, en noyautant la CGT, l’UMP, le PS., les journaux Le Monde, Le Figaro, Libération ? Si la DST avait les mêmes pouvoirs que le DRS, en dix ans la France deviendrait un pays sous-développé !



TB: Quelle serait selon vous la solution pour sortir le pays de la crise politique et du marasme économique et social ?


A.L: Il faut construire un système de pouvoirs qui soit conforme à notre réalité historico politique, un système qui tienne compte d’une part de la volonté du pays à se développer et à vivre en paix et d’autre part du rôle politique de l’armée hérité de l’histoire du mouvement de libération nationale. Au fur et à mesure que le pays se développera, l’armée se « dépolitisera » et deviendra une armée moderne, ce qu’elle n’est pas aujourd’hui. Les constitutions de 1964, 1976 et 1989, toutes violées par l’armée, ne correspondent pas à la réalité politique algérienne. Ce sont des constitutions copiées sur celles de la France, alors que l’Algérie n’est pas la France. On a demandé un jour à Solon, philosophe grec, qu’elle était la meilleure constitution. Il a répondu : pour quel peuple et pour quel temps ? Par conséquent, il faut une constitution qui corresponde à l’Algérie d’aujourd’hui, une constitution qui tienne compte du poids de l’armée dans le champ politique. Pour cela, il faut un président issu de l’ALN, chef des forces armées, garant de l’unité nationale et de la paix civile, protecteur des symboles de la république et des constantes héritées du mouvement national de libération. En contrepartie, l’armée ne s’immiscera ni dans la formation du gouvernement ni dans le choix de la politique économique et sociale qui sera l’affaire des partis. Le ou les partis qui auront été élus formeront le gouvernement sur la base de majorité parlementaire et appliqueront les programmes pour lesquels ils auront été élus. Dans ce schéma, le président aura la prérogative de dissoudre l’Assemblée Nationale autant de fois que nécessaire si la majorité parlementaire venait à voter des lois contraires à l’héritage du mouvement national ou menaçant les symboles de la république. Je pense que ce schéma rehaussera le prestige de l’armée et la réconciliera avec la société. Avez-vous remarqué que nous n’avons plus l’occasion de voir défiler notre armée et que nous ne croisons plus de jeunes militaires en tenue de sortie lors des fêtes nationales dans les villes et villages du pays ? Pourquoi ? Parce que les militaires, qui sont les enfants du pays, ne sont pas en sécurité dans la rue, et cela est la conséquence de la politisation de l’armée.

TB: C’est un schéma qui fait de l’Armée un moteur de la vie politique !

A.L: Un tel schéma ne donne pas du pouvoir à l’armée, mais il lui reconnaît son rôle historique en tant qu’héritière de l’ALN dans la formation de l’Etat-nation. La nation algérienne est née du combat contre la domination coloniale dans lequel l’ALN était à l’avant-garde. Il faut reconnaître à l’armée ce rôle de gardienne de l’héritage de l’ALN et inscrire cette reconnaissance dans la Constitution. C’est l’Assemblée nationale et les partis qui sont le moteur de vie politique puisque le gouvernement sera l’émanation de la volonté électorale.

TB: Un modèle à la turque ?

A.L: Le schéma que je propose permet à l’armée de se retirer, de se concilier avec la population et de ne plus soutenir des canards boiteux qui portent atteinte à son capital symbolique issu de la guerre de libération. Les généraux devraient réfléchir à l’exemple turc. La Turquie est en effet aujourd’hui le pays musulman le plus avancé dans le processus démocratique. L’armée turque respecte le résultat des urnes tout en avertissant que si la majorité élue porte atteinte à l’héritage kémaliste, elle intervient et dissout l’Assemblée. Elle l’a déjà fait. C’est une position intelligente et sage. Ce n’est pas trop tard pour notre pays de s’engager dans cette voie.

TB: Et si les islamistes remportent la majorité de l’Assemblée nationale ?

A.L: C’est la démocratie. Ils appliqueront leur programme économique et social. S’ils réussissent à développer le pays, les électeurs voteront encore pour eux lors des élections ultérieures ; sinon, ils perdront au profit d’un autre parti. C’est le principe de l’alternance. S’ils veulent changer les règles du jeu, ou les symboles de la république, le président, soutenu par l’armée, aura le loisir de dissoudre l’Assemblée nationale

TB: Pourquoi les généraux n’ont pas pensé à un tel schéma ?


A.L: Parce qu’ils ont le « syndrome Boussof » ; ils n’ont pas confiance dans les civils. Pour un général algérien, un civil est un traître potentiel, ce qui installe le pays dans la crise politique chronique. Ils ont été éduqués dans cette culture qui bloque les institutions et empêche le pays de se doter d’un Etat représentatif de la société. Et puis, être au-dessus des lois de la république permet aussi à certains d’amasser beaucoup d’argent.


TB: Pourquoi l’Armée est-elle si présente, et les Algériens tellement absents de la politique ?


A.L: Les Algériens se désintéressent de la politique parce que l’armée leur interdit de choisir leurs représentants réels et leur impose un diwan el garagouz composé de Ouyahya, Boudjerra Soltani et autres Sidi Said. Le DRS joue du bendir et ces personnages dansent pour amuser les foules. Le pays de Messali Hadj, Ferhat Abbas, Ben Badis, Larbi Ben Mhidi, etc. est tombé aussi bas. L’armée est sur le point de modifier la constitution pour faire réélire le président le plus impopulaire que l’Algérie a connu. C’est ce qui fait dire que l’Algérie est une dictature militaire dans laquelle les généraux n’ont pas le courage d’assumer leur choix. Ils se cachent derrière des civils incompétents et sans personnalité. Ces civils sont d’ailleurs choisis sur ce critère d’absence de personnalité. Bouteflika est un personnage incolore, inodore, qui n’a aucune opinion comme il l’a montré pendant 8 ans. Depuis 1999, l’Algérie s’est appauvrie sous son règne malgré la hausse du prix du pétrole. Il ne dirige pas et il est beaucoup plus soucieux de sa santé et du prix Nobel (qu’il n’a aucune chance d’obtenir) que de l’avenir du pays. Et dire que c’est un pays qui a des potentialités extraordinaires, sa jeunesse et ses richesses minières.


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Brahim YOUNESSI


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Inscrit le: 28 Jan 2008
Messages: 83

MessagePosté le: Ven 7 Mar - 11:27 (2008)    Sujet du message: La place de l'armée dans la République Répondre en citant

Salam, Azul

Le discours de Lahouari Addi est surprenant. Il entérine le fait accompli, et, pardon, il légitime le coup d’état permanent. L’ALN dont il parle c’est  cette armée installée aux frontières de l’Algérie qui n’a plus tiré un coup de feu depuis la mise en place des lignes Morice et Challe. En plus, avec le « droit de poursuite » qu’exerçait systématiquement la puissance coloniale, les Etats voisins, le Maroc et la Tunisie, s’opposaient à ce que l’ALN  entreprenne des opérations ou des incursions en territoire algérien notamment après le bain de sang de Sakiet Sidi Youssef. Lahouari Addi ne tient pas compte dans son analyse de l’écrasante majorité des militants et militantes algériens notamment dans les grands centres urbains comme Alger qui appartenaient à l’organisation civile du FLN (OCFLN). Un très grand nombre de ces militants et militantes sont morts les armes à la main. Hassiba Ben Bouali ou Ali La Pointe ne sont pas moins légitimes que les caporaux qui ont déserté l’armée française très tard pour bon nombre d’entre eux. Le professeur Addi évacue, un peu vite, la crise de l’été 1962. L’ALN de l’extérieur a pris par les moyens de la force militaire le pouvoir à Alger bafouant toutes les institutions légitimes, en particulier le GPRA. Faut-il rappeler ici la guerre des wilayas et les rivalités des « chefs historiques » de la révolution. L’ANP n’est l’héritière de l’ALN que dans les textes officiels.  
Louis XIV disait « l’Etat c’est moi » et Napoléon Bonaparte que « la nation c’est l’armée ». C’est ce que semble répéter d’une autre manière Lahouari Addi qui n’ignore pas les polémiques fameuses soulevées par Ferhat Abbas au sujet de la nation algérienne dont personne ne lui avait parlé et Maurice Thorez pour la nation algérienne en formation. Lahouari Addi qui a travaillé ces sujets connaît la réponse qui a été donnée par Abdehamid Ben Badis notamment à Ferhat Abbas. Il est vrai, cependant, que la lutte de libération nationale a renforcé, mais seulement renforcé, le sentiment d’appartenance à la nation algérienne. Lahouari Addi semble accorder à l’ANP un « droit patrimonial » sur l’Etat algérien. Il nous faudra parler de la « construction » de cet Etat national qui s’est purement et simplement substitué à l’Etat colonial devenu un bien vacant. Les « révolutionnaires » algériens occupent les appartements et les villas des officiers supérieurs de l’armée français, ils occupent les mêmes bureaux, gouvernent des mêmes lieux et appliquent, dans certaines circonstances, les mêmes lois comme cela fut le cas lors de l’instauration de l’état d’urgence en 1992. Le décret signé par le « général-major » Khaled Nezzar faisait référence aux lois coloniales de 1955. Pauvre ALN ! Didouche Mourad avait dit : "Si nous venons à mourir défendez nos mémoires!"
 


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Brahim YOUNESSI


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MessagePosté le: Sam 8 Mar - 01:02 (2008)    Sujet du message: La place de l'armée dans la République Répondre en citant

Salam, Azul,

Les constitutions de 1963 et de 1976, la première dans son préambule, la seconde dans son article 82 reconnaissent à l’armée le rôle qu’elle joué dans la libération du pays et lui assignent l’une et l’autre des prérogatives et des missions.
Le préambule de la constitution du 10 septembre 1963 dispose :
 

« L’Armée Nationale Populaire, hier Armée de Libération Nationale, a été le fer de lance de la lutte de libération ; elle reste au service du peuple. Elle participe, dans le cadre du Parti, aux activités politiques et à l’édification des  nouvelles structures économiques et sociales du pays. »
 

 

Cela n’a pas empêché l’armée du colonel Houari Boumédienne entouré par les DAF de faire le coup d’Etat du 19 juin 1965 et d’instaurer une dictature militaire implacable coupable des assassinats de très nombreux opposants notamment Mohamed Khider en 1967 à Madrid, Mourad Terbouche à Tunis, Krim Belkacem à Frankfurt sans parler des arrestations, des emprisonnements et des mauvais traitements.
 

 
La constitution du 22 novembre 1976 stipule dans son article 82 :
« L’Armée Nationale Populaire, héritière de l’Armée de Libération Nationale et bouclier de la Révolution, a pour mission permanente de sauvegarder l’indépendance et la souveraineté nationale. Elle est chargée d’assurer la défense de l’unité et de l’intégrité territoriale du pays, ainsi que la protection de son espace aérien et terrestre, de ses eaux territoriales, de son plateau continental et de la zone économique exclusive. »
En dépit de cette constitutionnalisation comme le propose Lahouari Addi, l’armée se sentant menacé par les émeutes d’octobre 1988 n’a pas hésité à intervenir utilisant y compris des armes lourdes contre les manifestants. Bilan officiel 700 morts, des centaines de blessés et la pratique de la torture dans les caves de la Sécurité militaire.
Les constitutions du 23 février 1989 et du 28 novembre 1996 ne font plus référence à l’ANP, et pour cause, l’armée discréditée est accusée d’avoir commis des actes qui relèvent du crime contre l’humanité (exécutions sommaires, massacres, tortures systématiques et généralisées…).
 


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MessagePosté le: Mar 11 Mar - 21:44 (2008)    Sujet du message: La place de l'armée dans la République Répondre en citant

Suite à l’interview de mon ami Lahouari Addi, je voudrais apporter quelques remarques d’ordre historique d’abord puis quelques réflexions politiques.
Je crois que ce que Lahouari appelle « notre réalité historico-politique » est bâtie sur une imposture qui date de la guerre de libération et qui a débuté par la mainmise effective des chefs militaires et plus particulièrement des 3 B (colonels Bentobbal, Boussouf et Belkacem Krim) sur la conduite du mouvement de libération. Le tournant de cette triste « réalité » a été la tragique liquidation physique d’Abane Ramdane, unificateur de toutes les forces politiques au sein du FLN et artisan avec Ben M’Hidi de la plateforme de la Soummam qui structurera politiquement et militairement le mouvement de libération. Dès lors la conduite du mouvement de libération sera marquée par une série de dérives militaristes :
- désignation par cooptation du 3e CNRA par une poignée de « colonels » en 1959,
- ce même CNRA illégitime « décidera » en janvier 1960 de la création de l’Etat-major des frontières.
- ce dernier, au fil du temps finira par s’autonomiser et de se libérer à la fois de la tutelle des 3 B et du GPRA. Il constituera un Etat dans un Etat se permettant de lever une armée classique dite « armée des frontières » pour préparer la prise du pouvoir, alors que les maquisards de l’ALN se faisaient écraser à l’intérieur par le rouleau compresseur des opérations « Jumelles », « Pierres précieuses », « Courroie » et autres….
Et nous avons en mémoire la peu glorieuse entrée à Alger de cette armée des frontières durant l’été 62, massacrant le long de son passage forcé, les maquisards de notre Armée de Libération Nationale qui avaient survécu aux opérations militaires coloniales. Les chemins menant d’Oujda et de Ghardimaou vers la capitale seront jonchés de plus de 2000 cadavres de moudjahidines et de civils qui s’étaient opposés à ce coup de force qui allait coûter très cher au pays.
Et nous savons tous comment furent éliminés les véritables maquisards de la guerre de libération des postes de décision politique au détriment des « officiers » des frontières et des sous-officiers « déserteurs » de l’armée coloniale qui avaient rejoint l’Etat-major la veille du cessez-le-feu. Ne resteront en poste que les « officiers » de cette armée et les rares de l’intérieur acquis à la clique de cet Etat-major. C’est sur cette base d’allégeance que se structurera l’armée nationale. Et nous savons comment furent éliminés (le plus souvent physiquement) ceux qui tenteront, suite à un réveil tardif, de s’opposer à la sournoise légitimation du pouvoir militaire (Chabani, Abbès, Abid, Z’biri et tant d’autres).
La mainmise progressive de l’Etat-major des frontières sur les rouages politiques (coup d’Etat contre le GPRA durant l’été 62 en utilisant une piètre façade « politique », puis le complément de coup d’Etat de juin 65 contre cette même façade) s’achèvera en décembre 67 avec l’échec du coup de force de Z’biri contre Boukharouba et la vaste épuration qui s’en suivra. Les imposteurs d’Oujda et Ghardimaou venaient alors de prendre en main tous les leviers de commande pour mener le pays vers la….faillite sanglante. Ils seront grandement aidés par des intellectuels et des technocrates, dont beaucoup s’étaient engagés sincèrement croyant œuvrer à la construction d’une Algérie libre et prospère.
Ce rappel historique était nécessaire, plus particulièrement pour nos jeunes compatriotes, pour comprendre le processus d’imposture et de légitimation par la force d’un pouvoir militaire issu de l’armée des frontières et dont la Nation toute entière paie actuellement chèrement son aventure criminelle. Et depuis, il se considère comme le tuteur de la Nation, le gardien du Temple et la source du pouvoir. Cette triste « réalité historico-politique » bâtie sur les coups de force et les intrigues et baignée de sang et de larmes, ne peut donner, à mon humble avis, une quelconque légitimité à ces reliques des frontières qui ne représentaient aucunement l’ALN.
Je crois que le temps est venu de mettre un terme aux slogans populistes et démagogiques du régime concernant l’institution militaire du genre « digne héritière de l’ALN ». Tout comme il faudrait préserver la gloire de notre armée de libération intacte et de ne pas la manipuler et la salir ,comme cela s’est fait avec le FLN, creuset de tous les courants politiques de l’époque qui a conduit le mouvement libérateur et qui fut sali au lendemain de l’indépendance par une faune d’opportunistes et de bravaches, ce qui avait fait dire à un ancien militant du mouvement national « qu’il était triste de voir le glorieux Front de Libération Nationale transformé au lendemain de l’indépendance en Front de Liquidation Nationale ».
Je crois aussi qu’au lieu de calquer une quelconque solution à la turque ou autre, il serait plus sage pour nous de réfléchir à une solution algérienne qui tienne compte de nos réalités et de nos valeurs. La hiérarchie militaire turque qui n’est pas exempte de reproches reste, qu’on le veuille ou pas, respectueuse d’une certaine éthique et s’est toujours tracée des limites à ne pas dépasser. Avec le temps, elle s’est rendue compte que les coups d’Etat ne réglaient pas le problème de la stabilité politique. Il faudrait reconnaitre aussi que le courant islamique a brillé par son intelligence et sa lucidité politiques. Le gouvernement Erdogan est le gouvernement le plus stable qu’ait connu la Turquie depuis des décennies. La menace « islamiste » brandie par certains courants politiques turcs totalement discrédités et par certains radicaux de l’armée s’est dégonflée comme un ballon de Baudruche. Le peuple avait tranché et l’armée s’était inclinée devant l’intérêt national. Car pour cette institution, quelque soient ses erreurs, l’intérêt national reste au dessus des intérêts claniques.
Pour revenir à notre réalité, je persiste à dire et à répéter que notre institution militaire qui est constituée de nos frères et de nos enfants n’est tenue à servir ni l’oligarchie dans son ensemble ni un de ses clans en particulier, mais l’Algérie, Etat et Nation, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles. Elle doit cesser d’être instrumentalisée par l’oligarchie militaro-financière pour en faire la source du pouvoir. Et cela n’est plus un secret pour personne. Le temps est venu, dans l’intérêt du pays, de briser les tabous et de démystifier les choses.
Le rôle de notre institution militaire dans la phase de transition vers un Etat de Droit est fondamental. Cette transition ne pourrait se faire sans son active participation une fois libérée de la mainmise de la poignée de généraux factieux et du carcan de la police politique. Au terme de cette phase transitoire et d’un commun accord avec les institutions élues démocratiquement, l’armée entamera son désengagement effectif et progressif des affaires politiques pour s’orienter définitivement vers ses obligations clairement définies par la nouvelle Constitution, issue de la volonté populaire. Cette voie empreinte de sagesse et de lucidité politique permettra à notre armée de se réconcilier avec son peuple. Elle aura ainsi pris avec toutes les volontés nationales sincères sa responsabilité historique dans le rétablissement de la paix et l’instauration d’un Etat de droit. C’est là et seulement là que nous pourrons dire que notre armée à travers ses très nombreux officiers probes, qui aura participé avec les élites intellectuelles et politiques dignes, à débarrasser le pays d’un système corrompu et criminel est la digne héritière de l’armée de libération nationale qui avait libéré le pays du joug colonial.
Avec mes remerciements à mon ami Lahouari Addi qui nous a permis de relancer le débat sur cette question.
Fraternellement.
Salah-Eddine Sidhoum


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MessagePosté le: Ven 14 Mar - 11:00 (2008)    Sujet du message: La place de l'armée dans la République Répondre en citant

Assalamoualikouk,
Un très grand merci au frère Salah-Eddine SIDHOUM pour cette très bonne initiative dont on a très grand besoin. Nos coeurs brûlent cher frère. Ce que vous avez écrit là, est la triste réalité du malheureux départ de notre pays.
ajmaalimine que je sen très en colère quand je suis parfois obligée de venir en France pour revoir mon fils et sa petite famille , je ressens un poignard à la poitrine.Qu'est-ce qu'on a fait de notre cher pays ; tous nos rêves ont été brisés. Tout ce qu'on avait souffert et le grand nombre de nos CHOUHADAS, tout cela et nous assistons avec une grande amertume et ce qui nous reste c'est la parole quand on se rencontre et les grands soupirs.Nous nous sommes battus pour que nos enfants et petits enfants vivent dans un pays de justice et d'égalité nous voulions qu'ils profitent de toutes les richesses du pays, pas tendre la main . Ceux qui ont pris le pouvoir n'avaient que les vetêments dont ils étaent vêtus et comment sont-ils arrivés à toutes ces richesses , les biens du peuple. lz coeur est plein et il ya beaucoup à dire. Il faut essayer d'arriver aux solutions qui pourront nous mener à nettoyer le pays de ce typhus. Le remède existe à mon modeste avis. C'est de s'unir . l'union fait la force même si on est pauvre! Sans rentrer dans une autre guerre fratricide, il faut arriver aux choses concretes. Négocer pour déloger ces malfaiteurs et pacifiquement pour sauver le peuple d'une autre mare de sang. Notre jeunesse est completement  desespérée et son ennemi lui apprend aussi de mauvaises habitudes..Notre président doit être aidé parcequ'il n'arrive pas tout seul. nous voyons qu'il veut du bien au peuple et au pays . oui, il etait dans le premier pouvoir mais il n'etait que diplomate dans les affaires étrangères. Ce qu'il nous faut à présent c'est le pays et le peuple et pour cela je lance un appel à nos compatriotes politiques qui pourront se rassembler et discuter sérieusement avec le président et je pense que les Algériens seront capables d'arriver à une solution qui guerrira le pays. Il faut faire vite , notre pays est très convoité comme dans le passé. Courage et Allah est avec les gens droits et honnêtes.
 Fraternellement, bien à vous.
_________________
La haine ne doit pas avoir de place parmi nous. Aimez- vous les uns les autres.
( Ancienne infirmière du maquis de la révolution).


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MessagePosté le: Sam 15 Mar - 17:39 (2008)    Sujet du message: La place de l'armée dans la République Répondre en citant

azul felawen ;
c'est avec un grand respect que je m'adresse à mme EL-DJOHER ,
j'admire madame tous ceux qui ont participer à cette guerre et j'aimerais vous dire que ce n'est  pas se president  qui aideras L' ALGERIE à se relever mais plutot le contraire .ce qu'il faudrais c'est supprimer la tete de la pyramide et retablir une veritable democratie et enfin separer le politique de l'armée  .
mais pour celà , comme vous vous le dite , il faudrais une UNIONS ...
ar tufath . 
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MessagePosté le: Lun 17 Mar - 14:58 (2008)    Sujet du message: La place de l'armée dans la République Répondre en citant

Essalamoualikoum,
Merci mon fils mais ce n'est pas si facile que tu le penses. si un nouveau président est élu comme à l'habitude, il sera soit assassiné ou un jouet entre leurs mains. Je remercie le très cher frère Salah-Eddine Sidhoum qui a rappelé le début de l'indépendance à notre jeunesse. Alors que nous sortions de l'enfer, ceux qui étaent loin arrivaient en ouvrant une autre porte d'enfer. Voilà pourquoi nos héros s'étaeint retirés pour ne pas replonger le pays dans une guerre civile sans fin; malheureusement ce qu'on craignait est arrivé;
Qui a pris les commandes de l'Algérie? Où est l'histoire écrite de la grande révolution? Où sont les archives? Normalement c'est ça le travail de nos hommes intellectuels; Nous avons des hommes bien instruits dont les pays étrangers qui ne nous aiment bénéficient de leur grand savoir et le pays parait comme pauvre dans tous les domaines comme si l'Algérie n'a mis au monde que des ratés et des voleurs .;;
Je m'adresse aux fils et filles de l'Algérie où qu'ils se trouvent de demander les archives et d'écrire la vraie histoire. Ce sera déjà un grand pas. Ils ont peur des archives parce qu'ils sont encore là. c'est normal que la France ne veut pas dévoiler ses anciens collaborateurs. Ils seront obligés de s'enfuir d'eux mêmes pour échapper au jugement. Nous avons trahi la mémoire de nos chouhada. ceux qui ont leur sang sur les mains ont fait de l'Algérie le contraire de ce dont nous rêvions . nos chouhada que des chiens hachakoum appellent les chouada( les singes, je les entendu dans la rue) je disais nos chouhadas qui avaient offert leur sang pour que l'Algérie soit libre, se retournent dans leurs tombes depuis de longue années. On a baissé la tête et c'est honteux pour nous. moi quand je fais ma prière je prie Allah de nous pardonner de n'avoir pas su tenir nos promesses pur l'Algérie indépendante. Qu'est-ce qu'ont a fait de notre indépendance? nous sommes des morts vivants . comme dit notre chanteur Aitmenguellet" la seule différence qui nous sépare dans ce cimetière, c'est que toi tu es debout et nous allongés''; il a raison. Voilà, chacun apportera une idée et bon corage à tous les compatriotes qui cherchent une sortie pacifique; on a trop versé de sang et ce sont malheureusement les bons qui sont visés. N'oubliez pas les archives, c'est l'une des clefs  de la porte du bonheur de notre pays.
Très fraternellement bien à vous.
_________________
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( Ancienne infirmière du maquis de la révolution).


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 09:50 (2017)    Sujet du message: La place de l'armée dans la République

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