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Perspectives de changement politique en Algérie
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Brahim YOUNESSI


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Inscrit le: 28 Jan 2008
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MessagePosté le: Ven 28 Nov - 21:44 (2008)    Sujet du message: Perspectives de changement politique en Algérie Répondre en citant

Salam, azul, bonjour,

Cher jnsplu, j'ai visité votre site. Bien fait. Je n'ai pas tout lu. J'y retournerai. Concernant maintenant votre post que je découvre à l'instant, permettez moi de vous répondre d'une manière structurée plus tard. Je veux simplement vous dire tout de suite que les questions que vous posez sont très difficiles, et vous le savez. La science politique elle-même n'a donné aux concepts de peuple et de nation que vous employez (à la place de peuple ?), même si vous citez le regretté Ferhat Abbas, aucune définition claire, définitive et précise à ce concept de peuple qui se confond souvent avec celui de nation dans certains de ses critères. Vous me renvoyez ainsi à mes vieux cours de sciences politiques et à  J.J Rousseau que je n'ai pas relu depuis fort longtemps. Mais je sais encore que toute la théorie est fondée sur le contrat. Je peux, pardonnez-moi, vous renvoyez à Fichte et à son "Discours à la nation allemande". Je n'irai pas, pour le moment, plus loin, tout cela est complexe. J'y reviendrai.


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MessagePosté le: Ven 28 Nov - 21:44 (2008)    Sujet du message: Publicité

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jnsplu


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Inscrit le: 25 Jan 2008
Messages: 62

MessagePosté le: Sam 29 Nov - 13:11 (2008)    Sujet du message: Perspectives de changement politique en Algérie Répondre en citant

Salam !
Merci de vos précisions relatives à l'imperfection des concepts. Mais j'ai l'impression que sur le plan pratique et concernant l'Algérie, le fait est que
outre la difficulté théorique, s'ajoutent d'autres difficultés, d'ordre pratique.

J'attends avec impatience la réponse plus structurée que vous m'avez promise et je vous en remercie d'avance car franchement je ne sais plus.

J'ai peut être effectivement confondu entre peuple et nation car dans ma coneption profane il ne suffit pas de vivre sur un territoire pour acquérir l'appartenance à un peuple mais il faut encore partager l'Histoire, les traditions, les coutumes et tutti quanti et surtout partager le projet commun et y adhérer et vous me direz que ma définition glisse en tout ou partie vers celle de la nation.

Or, que partageons nous ensemble en Algérie ?


1- L'islam ? c'est une donnée extra continentale, mondiale.


2-L'amazighité ? Non reconnue globalement car non comprise par une partie de la population, en outre elle excède les limites de nos frontières et ne pourrait servir à la définition du peuple Algérien par conséquent.


3-L'arabité? Cest également une question non partagée en Algérrie eet c'est une donnée qui excède nos frontières.


4-Un projet commun ? Il se heurte à ces clivages et chacun y va de sa propre manière de concevoir ce projet. Il est avéré que les compromis n'ont pas de longévité dans la vie des peuples.


5- Une Histoire commune ? Elle se confond avec les autres éléments (amazighité, arabiuté,islam) et ne peut constituer le ciment unifiant et unificateur.

En fait nous ne partageons qu'une chose notre sentiment d'impuissance face à ce pouvoir et notre volonté de voir les choses changer. Comment et vers quoi ? C'est là où le peuple devrait exister pour rassembler ses composantes autour d'un projet contractuel . Où devons nous aller ou vers quoi:

1- Certains disent vers la démocratie et la laicité ou le laicisme. Or, nombreux sont ceux qui s'élévent contre la démocratie la traitant de « kofr » et encore plus contre la laicité sur laquelle tous les oulémas s'accordent à dire qu'elle n'est pas licite en islam.

2- D'autres disent vers la démocratie et l'islam.
Certains s'opposent en disant que la démocratie ne cohabite pas avec l'islam.

3- D'autres veulent un Etat fédéré avec une constitution pour chaque région. Il leur est opposé qu'un Etat fédéré débouchera à terme sur l'éclatement de l'Algérie. Est ce tout a fait saugrenu ?

4- D'autres veulent un Etat islamique.
La majorité rejette un Etat théocratique en tout cas pour le moment parcequ'en politique tout évolue et parfois rapidement.


Et j'en oublie volontairement et involontairement.

Doit on faire un référendum pour chaque question ? Mais est ce que le résultat du scrutin fera taire définitivement les perdants aux élections ?


Il est évident qu'il s'agit de positions irréductibles et qui pourraient déboucher sur une situation plus explosive qu'elle ne l'est actuellement. En somme la boite de pandore. Mais vous me direz qu'avons nous à y perdre de plus ?
 Je vous remercie pour la référence que vous m'avez donnée. Je vais essayer de me procurer des documents, si j'en trouve.



Merci pour tout.
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Brahim YOUNESSI


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Inscrit le: 28 Jan 2008
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MessagePosté le: Sam 29 Nov - 14:05 (2008)    Sujet du message: Perspectives de changement politique en Algérie Répondre en citant

Salam, azul, bonjour,

Ma réponse arrive, cher jnsplu. Mais auparavant, je vous propose de lire cette lettre de Fustel de Coulanges qui introduit une nouvelle notion : le sentiment d'appartenance.

L'Alsace est-elle allemande ou françaiseRÉPONSE A M. MOMMSENProfesseur à Berlin.parFustel de Coulanges~~~~
Paris, 27 octobre 1870  
Monsieur,
Vous avez adressé dernièrement trois lettres au peuple italien. Ces lettres, qui ont paru d'abord dans les journaux de Milan et qui ont été ensuite réunies en brochure sont un véritable manifeste contre notre nation. Vous avez quitté vos études historiques pour attaquer la France ; je quitte les miennes pour vous répondre.  
Dans vos deux premières lettres, qui ont été écrites à la fin du mois de juillet, vous vous êtes surtout efforcé de montrer que la Prusse, malencontreusement attaquée, ne faisait que se défendre. Il est vrai qu'à cette époque nous paraissions les agresseurs et qu'il était permis de s'y tromper. Vous n'auriez pas commis la même méprise deux mois plus tard et surtout vous n'auriez pas pu répéter que " la Prusse n'avait jamais fait et ne ferait jamais que des guerres défensives ". Car les rôles ont été si bien intervertis dans l'entrevue de Ferrières, que c'est manifestement la Prusse qui est devenue l'agresseur et que son ambition n'a même plus pris la peine de se dissimuler. Du reste, monsieur, j'admire les nobles sentiments que vous professiez en faveur de la paix et du bon droit... au mois de juillet.  
Votre troisième lettre, écrite à la fin du mois d'août, c'est-à-dire au milieu des victoires prussiennes, diffère sensiblement des deux premières. Vous ne vous occupez plus de la défense de votre patrie soi-disant attaquée, mais de son agrandissement. Il ne s'agit plus pour vous de salut, mais de conquête. Sans le moindre détour, vous écrivez que la Prusse doit s'emparer de l'Alsace et la garder.  
Ainsi, dès le mois d'août, vous indiquiez avec une perspicacité parfaite le vrai point qui était en litige entre la France et la Prusse. M. de Bismarck ne s'était pas encore prononcé. Il n'avait pas encore dit tout haut qu'il nous faisait la guerre pour mettre la main sur l'Alsace et la Lorraine. Mais déjà, monsieur, vous étiez bon prophète et vous annonciez les prétentions et le but de la Prusse. Vou déterminiez nettement quel serait l'objet dc cette nouvelle guerre qu'elle allait entreprendre à son tour contre notre nation. Nul ne peut plus l'ignorer aujourd'hui : ce qui met aux prises toute la population militaire de l'Allemagne et toute la population virile de la France, c'est cette question franchement posée : " l'Alsace sera-t-elle à la France ou à l'Allemagne ?  
La Prusse compte bien résoudre cette question par la force ; mais la force ne lui suffit pas : elle voudrait bien y joindre le Droit. Aussi, pendant que ses armées envahissaient l'Alsace et bombardaient Strasbourg, vous vous efforciez de prouver qu'elle était dans son droit et que l'Alsace et Strasbourg lui appartenaient légitimement. L'Alsace, à vous en croire, est un pays allemand ; donc elle doit appartenir à l'Allemagne . Elle en faisait partie autrefois ; vous concluez de là qu'elle doit lui être rendue. Elle parle allemand, et vous en tirez cette conséquence que la Prusse peut s'emparer d'elle. En vertu de ces raisons vous la " revendiquez " ; vous voulez qu'elle vous soit " restituée ". Elle est vôtre, dites-vous, et vous ajoutez : " Nous voulons prendre tout ce qui est nôtre, rien de plus, rien de moins. " Vous appelez cela le principe de nationalité.  
C'est sur ce point que je tiens à vous répondre. Car il faut que l'on sache bien s'il est vrai que, dans cet horrible duel, le Droit se trouve du même côté que la force. Il faut aussi que l'on sache s'il est vrai que l'Alsace ait eu tort en se défendant et que la Prusse ait eu raison en bombardant Strasbourg.  
Vous invoquez le principe de nationalité, mais vous le comprenez autrement que toute l'Europe. Suivant vous, ce principe autoriserait un État puissant à s'emparer d'une province par la force, à la seule condition d'affirmer que cette province est occupée par la même race que cet État. Suivant l'Europe et le bon sens, il autorise simplement une province ou une population à ne pas obéir malgré elle à un maître étranger. Je m'explique par un exemple : le principe de nationalité ne permettait pas au Piémont de conquérir par la force Milan et Venise ; mais il permettait à Milan et à Venise de s'affranchir de l'Autriche et de se joindre volontairement au Piémont. Vous voyez la différence. Ce principe peut bien donner à l'Alsace un droit, mais il ne vous en donne aucun sur elle.  
Songez où nous arriverions si le principe de nationalité était entendu comme l'entend la Prusse, et si elle réussissait à en faire la règle de la politique européenne. Elle aurait désormais le droit de s'emparer de la Hollande. Elle dépouillerait ensuite l'Autriche sur cette seule affirmation que l'Autriche serait une étrangère à l'égard de ses provinces allemandes. Puis elle réclamerait à la Suisse tous les cantons qui parlent allemand. Enfin s'adressant à la Russie, elle revendiquerait la province de Livonie et la ville de Riga, qui sont habitées par la race allemande ; c'est vous qui le dites page 16 de votre brochure. Nous n'en finirions pas. L'Europe serait périodiquement embrasée par les " revendications " de la Prusse. Mais il ne peut en être ainsi. Ce principe, qu'elle a allégué pour le Slesvig, qu'elle allègue pour l'Alsace, qu'elle alléguera pour la Hollande, pour l'Autriche, pour la Suisse allemande, pour la Livonie, elle le prend à contre-sens. Il n'est pas ce qu'elle croit. Il constitue un droit pour les faibles ; il n'est pas un prétexte pour les ambitieux. Le principe de nationalité n'est pas, sous un nom nouveau, le vieux droit du plus fort.  
Comprenons-le tel qu'il est compris par le bon sens de l'Europe. Que dit-il relativement à l'Alsace? Une seule chose : c'est que l'Alsace ne doit pas être contrainte d'obéir à l'étranger. Voulez-vous maintenant que nous cherchions quel est l'étranger pour l'Alsace? Est-ce la France, ou est-ce l'Allemagne? Quelle est la nationalité des Alsaciens, quelle est leur vraie patrie? Vous affirmez, monsieur, que l'Alsace est de nationalité allemande. En êtes-vous bien sûr? Ne serait-ce pas là une de ces assertions qui reposent sur des mots et sur des apparences plutôt que sur la réalité? Je vous prie d'examiner cette question posément, loyalement : à quoi distinguez-vous la nationalité? à quoi reconnaissez-vous la patrie?  
Vous croyez avoir prouvé que l'Alsace est de nationalité allemande parce que sa population est de race germanique et parce que son langage est l'allemand. Mais je m'étonne qu'un historien comme vous affecte d'ignorer que ce n'est ni la race ni la langue qui fait la nationalité. 
Ce n'est pas la race : jetez en effet les yeux sur l'Europe et vous verrez bien que les peuples ne sont presque jamais constitués d'après leur origine primitive. Les convenances géographiques, les intérêts politiques ou commerciaux sont ce qui a groupé les populations et fondé les Etats. Chaque nation s'est ainsi peu à peu formée, chaque patrie s'est dessinée sans qu'on se soit préoccupé de ces raisons ethnographiques que vous voudriez mettre à la mode. Si les nations correspondaient aux races, la Belgique serait à la France, le Portugal à l'Espagne, la Hollande à la Prusse ; en revanche, l'Ecosse se détacherait de l'Angleterre, à laquelle elle est si étroitement liée depuis un siècle et demi, la Russie et l'Autriche se diviseraient en trois ou quatre tronçons, la Suisse se partagerait en deux, et assurément Posen se séparerait de Berlin. Votre théorie des races est contraire à tout l'état actuel de l'Europe. Si elle venait à prévaloir, le monde entier serait à refaire.  
La langue n'est pas non plus le signe caractéristique de la nationalité. On parle cinq langues en France, et pourtant personne ne s'avise de douter de notre unité nationale. On parle trois langues en Suisse ; la Suisse en est-elle moins une seule nation, et direz-vous qu'elle manque de patriotisme? D'autre part, on parle anglais aux Etats-Unis; voyez-vous que les Etats-Unis songent à rétablir le lien national qui les unissait autrefois à l'Angleterre? Vous vous targuez de ce qu'on parle allemand à Strasbourg ; en est-il moins vrai que c'est à Strasbourg que l'on a chanté pour la première fois notre Marseillaise? Ce qui distingue les nations, ce n'est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur cœur qu'ils sont un même peuple lorsqu'ils ont une communauté d'idées, d'intérêts, d'affections, de souvenirs et d'espérances. Voilà ce qui fait la patrie.Voilà pourquoi les hommes veulent marcher ensemble, ensemble travailler, ensemble combattre, vivre et mourir les uns pour les autres. La patrie, c'est ce qu'on aime. Il se peut que l'Alsace soit allemande par la race et par le langage ; mais par la nationalité et le sentiment de la patrie elle est française. Et savez-vous ce qui l'a rendue française? Ce n'est pas Louis XIV, c'est notre Révolution de 1789. Depuis ce moment, I'Alsace a suivi toutes nos destinées ; elle a vécu de notre vie. Tout ce que nous pensions, elle le pensait ; tout cc que nous sentions, elle le sentait. Elle a partagé nos victoires et nos revers, notre gloire et nos fautes, toutes nos joies et toutes nos douleurs. Elle n'a rien eu de commun avec vous. La patrie, pour elle, c'est la France. L'étranger, pour elle, c'est l'Allemagne.  
Tous les raisonnements du monde n'y changeront rien. Vous avez beau invoquer l'ethnographie et la philologie. Nous ne sommes pas ici dans un cours d'université. Nous sommes au milieu des faits et en plein coeur humain. Si vos raisonnements vous disent que l'Alsace doit avoir le coeur allemand, mes yeux et mes oreilles m'assurent qu'elle a le cœur français. Vous affirmez, de loin, " qu'elle garde un esprit d'opposition provinciale contre la France " ; je l'ai vue de près ; j'ai connu des hommes de toutes les classes, de tous les cultes, de tous les partis politiques, et je n'ai trouvé cet esprit d'opposition contre la France nulle part. Vous insinuez qu'elle a une antipathie contre les hommes de Paris ; je me vante de savoir avec quelle sympathie elle les accueille. Par le coeur et par l'esprit, I'Alsace est une de nos provinces les plus françaises. Le Strasbourgeois a, comme chacun de nous, deux patries : sa ville natale d'abord, puis, au-dessus, la France. Quant à l'Allemagne, il n'a pas même la pensée qu'elle puisse être en aucune façon sa patrie.  
Vous l'avez bien vu depuis deux mois. Le 6 août, la France était vaincue ; I'Alsace, dégarnie de troupes, était ouverte aux Allemands. Comment les a-t-elle accueillis? Les paysanss alsaciens ont pris leurs vieux fusils à pierre et leurs pioches pour combattre l'étranger. Beaucoup d'entre eux, ne pouvant souffrir la présence de l'ennemi dans leurs villages, se sont réfugiés dans les montagnes, et à l'heure qu'il est ils défendent encore pied à pied chaque défilé et chaque ravin. On a sommé Strasbourg de se rendre, et vous savez comment il a répondu. Or notez ce point : Strasbourg n'avait pour garnison que 2500 soldats français et le 6e régiment d'artillerie qui est composé d'Alsaciens. C'est la population strasbourgeoise qui a résisté aux allemands. C'est un général alsacien qui commandait la ville. L'évêque, que l'on a si durement repoussé du camp allemand, était un Alsacien. Ceux qui ont si vaillamment combattu, ceux qui ont frappé l'ennemi par de si rudes sorties étaient des Alsaciens. Tous ces hommes-là sans doute parlaient votre langue ; mais ils ne se sentaient certainement pas vos compatriotes. Et ces soldats allemands qui lançaient des bombes contre Strasbourg, qui visaient la cathédrale, qui brûlaient le Temple-Neuf, la bibliothèque, les maisons, 1'hôpital, qui, respectant les remparts et ménageant la garnison, n'étaient impitoyables que pour les habitants, dites franchement, la main sur le coeur, se sentaient-ils leurs compatriotes! Ne parlez donc plus de nationalité, et surtout gardez-vous bien de dire aux Italiens : Strasbourg est à nous du même droit que Milan et Venise sont à vous ; car les Italiens vous répondraient qu'ils n'ont bombardé ni Milan ni Venise. Si l'on avait pu avoir quelque doute sur la vraie nationalité de Strasbourg et de l'Alsace, le doute ne serait plus possible aujourd'hui. La cruauté de l'attaque et l'énergie de la défense ont fait éclater la vérité à tous les yeux. Quelle preuve plus forte voudriez vous?  
Comme les premiers chrétiens confessaient leur foi, Strasbourg, par le martyre, a confessé qu'il est Français. Vous êtes, monsieur, un historien éminent. Mais, quand nous parlons du présent, ne fixons pas trop les yeux sur l'histoire. La race, c'est de l'histoire, c'est du passé. La langue, c'est encore de l'histoire, c'est le reste et le signe d'un passé lointain. Ce qui est actuel et vivant, ce sont les volontés, les idées, les intérêts, les affections. L'histoire vous dit peut-être que l'Alsace est un pays allemand ; mais le présent vous prouve qu'elle est un pays français. Il serait puéril de soutenir qu'elle doit retourner à l'Allemagne parce qu'elle en faisait partie iI y a quelques siècles. Allons-nous rétablir tout ce qui était autrefois? Et alors, je vous prie, quelle Europe referons-nous? celle du XVIIème siècle, ou celle du XVème, ou bien celle où la vieille Gaule possédait le Rhin tout entier, et où Strasbourg, Saverne et Colmar étaient des villes romaines?  
Soyons plutôt de notre temps. Nous avons aujourd'hui quelque chose de mieux que l'histoire pour nous guider. Nous possédons au XIXe siècle un principe de droit public qui est infiniment plus clair et plus indiscutable que votre prétendu principe de nationalité. Notre principe à nous est qu'une population ne peut être gouvernée que par les institutions qu'elle accepte librement, et qu'elle ne doit aussi faire partie d'un Etat que par sa volonté et son consentement libre. Voilà le principe moderne. Il est aujourd'hui l'unique fondement de l'ordre, et c'est à lui que doit se rallier quiconque est à la fois ami de la paix et partisan du progrès de l'humanité. Que la Prusse le veuille ou non, c'est ce principe-là qui finira par triompher. Si l'Alsace est et reste française, c'est uniquement parce qu'elle veut l'être. Vous ne la ferez allemande que si elle avait un jour quelques raisons pour vouloir être allemande.  
Son sort doit dépendre d'elle. En ce moment la France et la Prusse se la disputent ; mais c'est l'Alsace seule qui doit prononcer. Vous dites que vous revendiquez Strasbourg et qu'il doit vous être restitué. Que parlez-vous de revendication? Strasbourg n'appartient à personne. Strasbourg n'est pas un objet de possession que nous ayons à restituer. Strasbourg n'est pas à nous, il est avec nous. Nous souhaitons que l'Alsace reste parmi les provinces françaises, mais sachez bien quel motif nous alléguons pour cela. Disons-nous que c'est parce que Louis XIV l'a conquise? Nullement. Disons-nous que c'est parce qu'elle est utile à notre défense ? Non. Ni les raisons tirées de la force, ni les intérêts de la stratégie n'ont de valeur en cette affaire. Il ne s'agit que d'une question de droit public, et nous devons résoudre cette question d'après les principes modernes. La France n'a qu'un seul motif pour vouloir conserver l'Alsace, c'est que l'Alsace a vaillamment montré qu'elle voulait rester avec la France. Voilà pourquoi nous soutenons la guerre contre la Prusse. Bretons et Bourguignons, Parisiens et Marseillais, nous combattons contre vous au sujet de l'Alsace; mais, que nul ne s'y trompe ; nous ne combattons pas pour la contraindre, nous combattons pour vous empêcher de la contraindre.  


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Brahim YOUNESSI


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Inscrit le: 28 Jan 2008
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MessagePosté le: Dim 30 Nov - 23:32 (2008)    Sujet du message: Perspectives de changement politique en Algérie Répondre en citant

Salam, azul, bonjour,

Voici cher jnsplu la réponse que je voulais apporter à tes remarques. Non seulement celle-ci ne ferme pas le débat mais au contraire elle le prolonge.

Généralement, on définit le concept de peuple comme une communauté de citoyens appartenant au même Etat et disposant de droits politiques. Ce concept que l’on peut également charger de critères objectifs d’appartenance (langue, religion, coutumes, mœurs…) renvoie immédiatement à un autre concept encore plus ambigu, celui de nation qui recouvre quasiment les mêmes éléments. Souvent, on confond le peuple et la nation ; ils forment la même entité, sauf que la nation aurait légitimement le droit de se constituer en Etat alors que certains peuples n’y auraient pas vocation.
Il y a deux conceptions de la nation : l’une allemande (Herder et Fichte) et l’autre française (Ernest Renan, "Qu'est-ce qu'une nation ?"). La conception allemande fonde la nation sur la communauté linguistique. La langue détermine tous les liens et forme alors le lien de tous les autres liens sociaux. Alors que pour la conception française, ce n’est ni la langue ni l’appartenance ethnique qui détermine la nation, mais, comme l’écrit Ernest Renan, c'est « avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir ». C’est ce sentiment d’appartenance dont parlait Fustel de Coulanges concernant l’Alsace et la Lorraine. « Elles sont allemandes par la langue mais française par le sentiment », disait-il.
Le peuple constitué en nation détient, dans les régimes démocratiques, l’autorité suprême, c'est-à-dire la souveraineté. Jean Jacques Rousseau que vous avez cité a développé la théorie de la souveraineté populaire dont chaque individu détient une parcelle. La souveraineté du peuple est dans la conception de Rousseau inaliénable et indivisible, ce qui signifie que le rapport entre gouvernants et gouvernés est direct. Certains petits Etats fonctionnent ainsi. Le peuple n’a pas de représentants, la démocratie est  directe. La révolution française a mis en place la notion de souveraineté nationale « devenue l’un des principes fondamentaux du droit public et de l’organisation des pouvoirs. » (Carré de Malberg). En effet, l’article 3 de la Déclaration des Droits de l’homme et du Citoyen stipule que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » Nous sommes dans le système représentatif que nous connaissons. Le peuple délègue en tant que corps politique sa souveraineté à des représentants qui agissent, parlent et votent des lois au nom de la Nation. Une précision quand même : la Nation, dans cette conception, c’est les citoyens vivants, mais aussi les morts et ceux qui ne sont pas encore nés.
 


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jnsplu


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Inscrit le: 25 Jan 2008
Messages: 62

MessagePosté le: Lun 1 Déc - 03:26 (2008)    Sujet du message: Perspectives de changement politique en Algérie Répondre en citant

Salam.

Pour prolonger un peu le débat.

La lettre de Fustel de Coulanges , m'a fait penser à deux concepts qui sont d'une part « l'Etat-Nation » et d'autre part « le droit à l'autodétermination des peuples » qui pourtant à l'époque ou elle a été écrite n'était pas encore constitué. Le sentiment d'appartenance se manifeste dans les deux bien qu'en évolution.


Votre réponse accentue chez moi le sentiment peut être à tort, que vous voulez dire qu'il ne saurait exister de nation sans Etat ni d'Etat sans Nation. Or les Kurdes, il me semble, sont une Nation sans Etat. Citer un Etat sans nation serait plus difficile puisque l'idéologie s'en mèle mais je dirais, en hésitant un peu, que les Etats unis sont un état sans nation  de même qu'Israël puisque l'élément religieux n'est pas pris en compte si j'ai tout retenu. 

Ce n'est pas l'Etat qui est le fondement de ses composantes mais plutôt les composantes qui sont le fondement de l'Etat. Donc sans composantes pas d'Etat.

Comme la nation américaine n'a pu exister qu'avec l'Etat américain ce serait dire que c'est l'Etat américain qui a crée la nation américaine, ce qui serait illogique. Mais d'autre part, l'Etat américain est là, né d'une multitude voulant le créer en adhérant à un projet, bien que son Histoire ne commence qu'au moment de la création de cet Etat. Peut on appeler cette multitude une nation ? D'autant qu'elle est composée à l'heure actuelle d'une multitude de communautés . Je trouve que c'est un peu compliqué comme vous l'avez dit d'expliquer tout ça.


D'autre part, il est indéniable que les Kurdes selon la conception Allemande constituent une Nation. Mais sans pouvoir pas d'Etat et sans Etat pas de pouvoir. Ils ne sont donc pas reconnus comme nation, sauf là où cela arrange.



Vous citez les conceptions française et allemande de la nation forgées à une époque ou le concept de l'Etat dans ces pays se construisait non sans empreinte idéologique.



Il y a aussi le concept de la nation chez les musulmans tel que précisé dans le coran et dont le seul lien est la religion. Mais là aussi il faut une certaine dose de foi comme en idéologie.  Je crois  avoir compris que l'élément religieux n'est pas admis dans les définitions occidentales.



La nation ("Oumma") musulmane est actuellement pratiquement détruite par les puissances occidentales colonisatrices qui s'organisent maintenant en groupements plus étendus que l'Etat-Nation et j'ai tendance à croire que ce concept d'appartenance prépare le terrain à la construction de l'Europe et donc à l'avènement de la fin de l'Etat Nation.

En somme les musulmans ne doivent pas, à tout prix, constituer de grands ensembles et tous les moyens sont mis en oeuvre, mais les européens, si.

D'autre part, si on se réfère à la notion allemande du concept de nation, l'Algérie n'est pas une nation puisque on y parle en majorité l'arabe, la race (amazighe qui constitue la souche principale) selon ce concept ne devant pas être prise en compte sauf à prendre en compte les parlers Amazighs et permettre aux communautés qui les parlent de s'autodéterminer. En outre le parler arabe transcende les frontières, de même d'ailleurs que la race amazighe.



Dans la conception Française c'est surtout l'Histoire commune et le projet social c'est à dire la communauté de destin qui priment. Or, en Algérie, ce qu'on à permis au peuple de retenir de l'Histoire, il ne faut pas oublier que le peuple est presque rénové depuis la guerre de libération, ce sont des bribes de la lutte durant l'occupation coloniale, quelques grandes figures Amazighes, et l'Histoire de la civilisation musulmane dont nous faisons partie, mais surtout des pratiques anormales liées à ces trois aspects. C'est déchirant !.. 

En outre dans cette conception, j'ai cru comprendre qu'en principe un peuple démuni de souveraineté n'est pas un peuple et donc les Algériens ne constituent pas un peuple puisqu'ils sont démunis de souveraineté par une poignée d'individus. Troisièmement le projet amazighe n'est pas porté par l'ensemble du peuple. Qu'avons nous comme projets communs en fait ?



Quoi qu'il en soit, s'il est évident que les sciences sociales sont bien avancées en Europe, leurs applicatifs dans les pays issus du morcellement du Califat Islamique doivent être adaptés aux réalités du terrain d'une part, et d'autre part expurgés de leurs empreintes idéologiques.

Je me suis un peu embrouillé mais j'espère que les grandes lignes sont là.



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MessagePosté le: Aujourd’hui à 13:47 (2017)    Sujet du message: Perspectives de changement politique en Algérie

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